Darius Marder
Réalisateur
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Un très beau film avec un travail du son remarquable, à voir (et écouter) au cinéma !!!
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Je suis partagée entre l'originalité et la platitude de ce film, sur un musicien qui devient sourd. Je suis partagée entre sa construction vraiment trop linéaire et attendue, sans surprise, et une émotion qui pourtant est là à chaque instant. Je vais essayer de m'en expliquer.
Le handicap au cinéma, ça reste un sujet complexe. Même aujourd'hui, c'est quand même assez rare qu'on en parle. Et quand on en parle, c'est pas souvent fait comme les principaux intéressés voudraient qu'on en parle ; et d'ailleurs, c'est généralement sans leur présence à l'écran, on préfère qu'un valide joue à l'handicapé. Par exemple, l'autisme au cinéma, c'est systématiquement le singe savant surdoué ; dans la vraie vie, c'est pourtant qu’exceptionnellement cela. Plus globalement, il y a toujours ce fond de validisme, qui fait qu'on ne donne pas réellement la parole à ces gens, mais on leur fait dire ce qu'on a envie d'entendre et qui nous rassure, on les met en scène comme on envie de les voir - et le handicap lourd, on n'a bizarrement jamais envie de le voir au cinéma.
Et pour le coup, je trouve que ce film a tout bon. Oui, le héros est joué par un acteur sans handicap. Mais tous les autres ne sont pas des acteurs, ils sont eux-mêmes, ils improvisent la plupart du temps, et ils disent ce qu'ils veulent dire, de la façon dont ils veulent le dire. Là, il est question de surdité, bah certains savent lire/écrire, d'autres non, certains savent parler, d'autres non, certains savent lire sur les lèvres, d'autres non, certains parlent et signent en même temps, d'autres signent uniquement : on ne nous montre pas qu'une seule façon d'être sourd. On ne nous montre pas non plus des personnages qui sont que sourds. Oui, on peut être sourd et toxicomane, sourd et enseignant, sourd et homosexuel, sourd et vouloir un tatouage, sourd et avoir une vie sentimentale et familiale, sourd et espérer (ou non) une opération qui vous rendra l'audition. C'est probablement la plus large représentation de ce handicap vue au cinéma depuis toujours, et de ce fait, je trouve que le film a une vraie justesse, une vraie modernité, une vraie globalité et surtout une vraie humanité dans son approche. Quitte à parfois heurter les valides dans leurs certitudes Spoiler(cliquez pour révéler)par exemple, la scène où Ruben doit quitter le centre, où l'hospitalité lui est même refusée pour 15 jours le temps de rebondir, au seul motif qu'il ait essayé de "se réparer".
Par ailleurs, le travail du son est totalement à la hauteur de ce qu'on peut attendre d'un film de ce type. On multiplie les points de vue auditifs, de l'entendant, du sourd, du mal entendant. On arrive à retranscrire ce qu'un mal entendant entend, ce son caricaturé, incomplet, agaçant, douloureux. C'est remarquable, et là encore assez inédit.
Par contre, les à-côtés des films sont parfois un peu maladroits, simplistes, voire bâclés.
On annonce un musicien d'un groupe de métal : audacieux, genre musical très rare au cinéma. Mais au final, déjà, on a aucune chanson complète dans tout le film, mais en plus... bah, ce n'est pas du métal. C'est une espèce de punk rock un peu expérimental, mais on n'a aucun code du métal, prouvant par là qu'on n'y connaît rien en la matière, et qu'on n'a pas pris le temps de se renseigner.
Le passé des deux personnages principaux me semble totalement sous exploité. Ruben n'est qu'un ancien toxicomane. Confortable, on n'est pas obligé de traiter du sujet comme ça : à part nous le signaler à un moment, on ne nous en dira rien. On ne sait pas comment il est tombé dedans, comment il en est sorti, d'où lui vient ce pourtant particulier tatouage "kill me", on ne voit rien de ce parcours, on ne sait pas comment avoir déjà vécu ce combat par le passé est une force ou un poids quand il faut maintenant accepter le handicap. Lou est quant à elle assez transparente au départ, même tendance à la facilité, avec des cicatrices qu'on voit, mais dont il ne faut surtout pas parler. A la fin, viennent quelques explications, mais qu'on n'aborde jamais frontalement. Le film ne fait que 2h ! On avait le temps de creuser un peu, pourtant.
Enfin, au global, en termes de construction du film, bah, c'est hyper basique et linéaire. La thématique est originale et peut surprendre. La trajectoire est, elle, déjà connue, devinable en grande partie. Ça tend à rendre le film très prévisible, et même un peu longuet. Parfois, je n'ai pas compris pourquoi on cherchait artificiellement à faire monter un suspense, qui ne prend de toute façon pas. Spoiler(cliquez pour révéler) Est-ce qu'il va faire ou non l'opération, alors qu'il est décidé dès le départ ? Est-ce qu'il va retrouver son amoureuse, alors qu'on sent leur connexion très profonde ? Est-ce qu'il va s'habituer à ce son si particulier, alors qu'on sent tout de suite que non ?
Cela dit, paradoxalement, c'est peut-être pour cela que j'ai tant aimé la performance d'acteur de Riz Ahmed. Car quand on enchaîne des situations attendues, l'interprétation pourrait être tentée d'être elle aussi assez basique. Pourtant lui, il arrive à l'amener ailleurs, a y insuffler de la force, de la nuance, beaucoup d'émotions et d'empathie. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire au départ, c'est une interprétation très dépouillée, brute ; on ne se cache pas dans des scènes un peu grandioses. La performance "de son corps" est là, quand il joue de la batterie ou a forcément du apprendre pour de vrai des rudiments de la langue des signes - on sait que le cinéma américain adore en faire des caisses sur ce genre de travail, en atteste le succès critique des biopics. Mais cette performance de corps reste minoritaire dans le film, ne prend pas le dessus sur une interprétation et une émotion au sens plus strict, qui est pleinement maîtrisée et très subtile.
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il est rare de voir le handicap représenté au cinéma alors c'est une belle surprise. malgré la trajectoire évidente du film, il reste bon
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