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Commentaire de Tara99

Hostiles


Commentaire ajouté par Tara99 2018-04-05T15:13:41+02:00

Un des meilleurs films vus en 2018 so far, excellent pour commencer le mois d’avril. Hostiles n’est pas un western comme les autres, il se veut révisionniste-même si ce genre apparait de plus en plus. Le film est une adaptation d’un manuscrit jamais publié de Donald Stewart et commence par une citation littéraire (déjà un bon point) de D.H Lawrence sur l’homme américain « essential American soul is hard, isolate, stoic and a killer. »

Le film commence in medias res, avec en moins de 5 minutes toute la famille Quead massacrée-sur 5 membres, 1 survivante. Cette première scène a pourtant un côté légèrement ridicule-un manque de crédibilité étonnant : à quoi bon prendre son fusil et tenter d’abattre plusieurs hommes à cheval lorsque c’est perdu d’avance ? Mieux vaut commencer à courir, ce que ne font même pas les trois femmes-elles restent plantées là, à mi-chemin entre la cabane et la forêt à regarder ce qui se passe. Mais elle permet aussi de justifier ou tout du moins d’expliquer l’attitude de Joe Blocker envers les Indiens.

Les personnages sont remarquables par leur intensité que ce soit le Capitaine Joseph Blocker ou Rosalie Quaid. J’ai particulièrement apprécié le premier, qui paraît brute au départ mais qui prend soin avec une extrême délicatesse du personnage interprété par Rosamund Pike. La galanterie du Capitaine est presque choquante en comparaison avec le reste de sa personne : il lui laisse de l’espace pour faire son deuil, lui propose une couverture… Le spectateur découvre qu’il est aussi cultivé, puisqu’il lit Jules César en version originale latine. Torturé sans être pour autant pris de remords, sa haine pour les Indiens est immense. Sa mentalité de soldat est très ancrée en lui, à tel point que malgré ses réticences et son refus d’escorter son ennemi de toujours le chef Yellow Hawk-Faucon Jaune en français, on gardera donc la traduction anglaise-il obéit aux ordres de son supérieur non seulement parce qu’il est menacé de voir sa pension de retraite s’envoler et d’être jugé en Cour martiale, mais aussi parce qu’il a un sens du devoir poussé à l’extrême. Le voilà donc parti, accompagné d’une poignée d’hommes, dans cette traversée qui doivent les mener aux terres ancestrales du responsable de la mort de ses amis, qui avait été capturé 7 ans plus tôt et avait pourri dans les prisons de Fort Berringer.

Cette mission qui lui est confiée est d’autant plus importante qu’elle est à caractère politique-le président des Etats-Unis lui-même a signé cet ordre de remise en liberté et est médiatisée, ce dont on se rend compte par la présence du journalise odieux mais aussi de la photo prise avant le départ, qui se retrouvera dans les journaux. En route pour la Vallée des ours, où le chef mourant veut être enterré, les embûches et les rencontres seront nombreuses. La première est celle de Rosalie, cette femme devenue à moitié-folle-cf. the Homesmen- qui continue à serrer son bébé mort dans ses bras et à murmurer, assise dans sa maison carbonisée, pour ne pas réveiller ses autres enfants. Elle regagne peu à peu sa raison au contact des autres membres du groupe, et réalise enfin complètement le décès de tous ses êtres aimés. Elle décide de les enterrer seule, à l’aide de ses mains nues et son geste de racler la terre pleine de rage et de désespoir est poignant, mais elle finit par demander de l’aide aux soldats. Elle doit aussi affronter sa peur des Indiens dont la vue la fait gémir et finit par comprendre qu’ils n’appartiennent pas à la même tribu et que eux-aussi sont victimes des actions violentes des Comanches-dont ils vont d’ailleurs se venger en pendant et tuant les mêmes barbares qui avaient incendié la demeure de Rosalie et assassiné toute sa famille. Une des jeunes femmes indiennes lui fera même cadeau d’un châle-en échange elle aidera à faire la lessive dans la rivière.

Le film nous montre également que la loi n’est pas uniformisée sur le territoire, et la société est encore divisée : les grands propriétaires terriens sont toujours racistes envers les Indiens, et mandat du Président ou pas, son territoire reste son territoire-ce qui l’apparente à un animal. Mais certains bourgeois défendent les Indiens, comme c’est le cas de Mrs McCowan, et certains militaires sont fait prisonniers et jugés pour meurtres et destinés à être pendus, comme c’est le cas du prévenu et ancien ami de Joe, qui pose la question de pourquoi est-il vu comme un psychopathe et Joe en héros alors qu’ils ont commis les mêmes actions ?

Peu à peu, les personnages principaux en viennent à s’accepter, d’abord par obligation-faire front à l’ennemi commun, les Comanches- ce qui les amène à forger une alliance tactique mais prudente-Joe reste sur ses gardes et il met longtemps avant d’accepter de libérer de leurs chaînes les deux Indiens pour qu’ils soient capables de combattre à leur côté.

Il finira par défendre le droit au chef Yellow Hawk à être enterré sur ses terres, plus par sens du devoir que par sympathie. Cependant, il ira jusqu’au bout de sa mission, allant jusqu’à achever le vieux propriétaire terrien au couteau, à la manière indienne-une ordure qui menace de tuer tout le monde si les Indiens ne s’en vont pas, et n’a que faire de la clémence de Washington envers le chef Yellow Hawk. La loi n’est pas celle du Président Benjamin Harrison mais la sienne comme il se fait un plaisir de le rappeler au Capitaine.

Le racisme est omniprésent et cependant paradoxal puisque Joe éprouve une grande affection pour le lieutenant noir, mais déteste les Indiens. En plus, il a apparemment réussi sans trop de difficultés à pardonner son ami d’avoir lutté sous le drapeau des Confédérés et pas sous celui de l’Union.

Cependant l’élément essentiel de la survie est être capable de vivre avec soi-même, après les exactions que l’on a commis ou être la seule rescapée de sa famille et se demander pourquoi ai-je été la seule épargnée ? Certains font le choix du suicide comme c’est le cas de Thomas Metz-dont le premier meurtre remonte à ses 14 ans !- mais Rosalee réussit à émerger à temps de sa stupeur et du choc et ne se suicide pas. Le suicide n’est pas montré à l’écran tout comme les viols des femmes, comme si le réalisateur choisissait de se retenir de temps en temps de montrer la violence.

Il faut avoir la foi, comme le souligne Rosalie. A quoi il faut rajouter qu’il faut s’adapter aux changements de la société-obstacle trop difficile à surmonter pour certains comme le prisonnier et ancien compagnon d’armes de Joe mais aussi son ami de toujours, qui choisit de se tuer. La morale de chacun est différente, et c’est pourquoi le challenge du vivre-ensemble pendant cette traversée est un challenge difficile à relever.

Peu de choses sont dites, mais tout est communiqué, par les regards et les postures.

J’ai beaucoup aimé le choix du réalisateur pour la scène dans la tente entre les deux personnages principaux : au lieu de lui donner un caractère sexuel, il a pris le parti de montrer la tendresse entre ces deux êtres, blessés au plus profond de leur être, en deuil de leurs proches et qui tentent de s’aider même si la blessure ne cicatrisera jamais complètement.

Le paysage va de pair avec les caractères. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que plus les paysages verdissent et deviennent moins secs et désertiques, plus les hommes du convoi évoluent vers plus d’humanité, jusqu’aux plaines boisées du Montana. Joe va d’ailleurs choisir d’aller vers la civilisation, symbolisé par le train qui a pour terminus Chicago. Il tourne le dos à son passé de militaire en adoptant des habits de civil et en rentrant dans le wagon.

Il y a 3 raisons pour lesquelles il fait ce choix de rejoindre ces compagnons de route : d’abord parce qu’il est à la retraite désormais , que sa carrière de soldat est terminée, ensuite parce qu’il est amoureux de Rosalie et enfin pour permettre à l’enfant indien d’avoir dans son entourage une figure paternelle, avec qui il peut parler sa langue natale(celle des Cheyennes du Nord).

J’ai beaucoup aimé le côté road-trip(ou plutôt horse-trip) qui permet au spectateur d’admirer des panoramas variés mais tous très éblouissants. Chaque étape du voyage est une marche gravie de plus sur le chemin de la rédemption.

Le film est admirable par le travail de l’équipe toute entière, d’abord par la volonté du réalisateur de ne raconter fidèlement l’histoire, ce qui passe par sa collaboration avec l’organisation Native Networkers, la persévérance des acteurs pour apprendre ce dialecte indien très difficile à maitriser…

J’ai lu un article en anglais qui contestait le fait que ce voyage se faisait à pied, et pas en train qui à cette époque était assez performant. N’étant pas une historienne des chemins de fer, je ne sais pas si cette information est véridique, mais il faut aussi penser que les trains n’étaient pas plus sûrs à l’époque et se faisaient souvent attaquer par toutes sortes de voyous.

Quant au fait que les Indiens ont une place à l’écran mineure comparée à celle des Blancs, dans la lignée traditionnelle des films d’Hollywood, c’est évident. Mais le film traite des relations difficiles entre deux peuples et de la complexité de la vie dans l’Ouest, son intention n’a jamais été de traiter comme sujet principal le génocide des indiens.

Mon reproche serait plutôt certaines lignes du dialogue un peu clichées comme quand Joe dit à Yellow Hawk qu’une part de lui sera toujours en lui ou quand Rosalee, dans une phrase qui se veut philosophique affirme « envier la finalité de la mort ».

L’originalité de ce western, c’est qu’il ne fait pas l’apologie de la violence ni ne la glorifie : il l’utilise comme un moyen de dénoncer les atrocités et barbaries sans nom et la traite comme le péché originel, la base de tous les maux. Au fond, c’est une histoire de vengeance et de pardon, de tolérance et de compassion, de guérison et de réconciliation.

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