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Les commentaires de Sashiko

Commentaire ajouté par Sashiko 2014-04-23T22:45:27+02:00
Argent

Spike Jonze fait partie de ces cinéastes atypiques qui nous laissent sans voix et marque nos esprits avec une ironie rarement égalée. Après avoir exploré le labyrinthe de l’esprit humain « Dans la peau de John Malkovich », questionner la problématique de la retranscription d’une œuvre d’un support à un autre avec l’« Adaptation » et entreprit un voyage aller simple pour l’enfance et l’imaginaire dans « Max et les Maximonstres » ; Mister Jonze nous propose pour son quatrième long métrage une romance entre humanité et virtualité. L’intrigue de « Her » nous plonge dans un futur pas si lointain, où le quotidien des hommes serait synchronisé en permanence à leur ordinateur et où le pantalon taille haute serait de nouveaux la pièce maîtresse des dressings masculins.

Faire un pas de mini pouce pour nous projeter dans un futur familier est sans nul doute l’initiative la plus sensée du genre de science-fiction. Jonze veut nous dépayser mais sans en faire trop. Nous voilà donc plongé dans la cité des anges, un Los Angeles ressemblant à s’y méprendre à une de ces mégalopoles asiatiques toute en verticalité et luminosité. Le cadre est idéal pour vivre, tout y est calme, sécurisant et sans pollution. Jonze ne s’est pas laissé prendre comme ses compères dans un futur imaginaire et improbable où les voitures voleraient. Non, le concept futuriste est trop connoté pour lui. Et le spectateur accueil avec joie ce choix qui lui permet de s’ancrer plus facilement dans l’intrigue et lui donne plus de crédit. On est loin aussi des intrigues futuristes à la Terminator et autres I robot dans lesquels les machines chercheraient à supprimer l’humanité pour y régner en maître ; le film de Spike Jonze exploite l’idée d’une love Story émouvante un poil perturbant. Malgré cela, on garde une certaine distance vis-à-vis de ce monde presque trop parfait où les individus semblent indifférents voire absents du monde coloré et graphique qui les entoure. L’absence de débauche technologique ne nous empêche pas d’angoisser sur cet avenir proche. Confinés dans leur bulle, les Hommes avancent sans se toucher ni jauger. C’est en compagnie de Theodore Twombley, un quarantenaire moustachu, que l’on entre dans cette séduisante mais insensée histoire. Le jeune homme demeure seul au sommet de sa tour d’ivoire, et consacre la majorité de son temps à son travail d’écrivain de l’ombre où il déploie sa plume au service d’autrui. Alors que son hygiène de vie semble impeccable, ces dossiers virtuels et professionnels laissent à désirer. Dans un tel chaos, rien de mieux qu’un de ses logiciels à la mode, dont les publicités vantent les mérites, pour faire de l’ordre à votre place. C’est là qu’entre enjeux la divine OS à la voix suave et chaleureuse, répondant au doux nom de Samantha.

Dans ce récit qui reprend les grosses lignes du mythe de la création, Jonze expose, sans pointer du doigt, la dissolution de la notion du couple et la relation à l’autre. Dans un discours teinté de misogynie, il dépeint sa vision du « sexe faible ». La Femme, c’est la bonne copine sans fard sur qui vous n’avez aucune vue (Amy Adams), c’est l’objet que l’on désir sans avoir à s’engager durablement (Olivia Wilde), c’est l’amante avec qui tout semble parfait mais pas assez (Rooney Mara). « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », le réalisateur donne de la compagnie Theodore Twombley, mais pas n’importe laquelle. C’est du rêve qui lui vend ; la Femme parfaite selon ses besoins à lui. En additionnant la mère qui n’a jamais pris le temps de l’écouter, l’amie confidente, l’objet sexuel et l’amante vous obtenez Samantha « celle qui écoute ». La gente masculine en prend aussi pour son grade. L’homme serait un éternel enfant égoïste qui se retrancherait inconsciemment dans son imaginaire, préférant jouer les supers héros avec un personnage de jeu vidéo ou déambuler seul ou presque dans un parc d’attraction. Mais lorsque les choses deviennent réelle comme une lettre de divorce ou le corps d’empreint de Samantha, la peur et la maladresse reviennent au grand galop. Alors le virtuel serait-il le meilleur moyen de combler la mélancolie et la solitude des hommes ?

La force de ce film expérimental, repose en grande partie sur une mise en scène poétique et surréaliste. La dissociation du son et de l’image ne jure pas sur la narration ; bien au contraire elle renforce le propos que tient Jonze. Parler à un écran n’a rien d’anodin, à l’époque qui est là notre. Les relations humaines sont déjà perverties par la virtualité. La réussite du film tient en parti à savant calcul ; sorti dix ans plutôt il n’aurait pas eu le même impacte. Comme Samantha comble le désert affectif de Théodore, l’utilisation intelligente du montage comble les vides, laissant aux spectateurs des moments oniriques et sublime où humanité et virtualité peuvent s’unirent dans un noir totale et ou notre cécité visuelle nous laisse imaginer cette improbable rencontre. L’emploi discret du son, combinant les mélodies signées par le groupe Arcade fire et les silences, accompagnent subtilement l’intrigue. Bien que l’on soit sensible à l’interprétation de Joaquim Phœnix, qui s’octroie le plus gros du travail à l’image et de Scarlett Johansson, qui brille par son absence, on ne peut s’empêcher noter un léger désagrément. Joaquim Phœnix crève l’écran et nous impose sa présence, alors que la voix de Scarlett Johansson, bien qu’agréable, est omniprésente dans le subconscient des spectateurs, nous empêchons de vivre totalement l’expérience voulue. C’est sans nul doute le choix de cette voix qui fait perdre l’objectif du réalisateur. Comme Samantha, on réclame un corps. Notre souhait est entendu, mais la réponse n’est qu’une simple copie qui n’est pas à la hauteur.

Her exprime avec beauté et simplicité les étapes d’une relation amoureuse. Le bonheur d’aimé et d’être aimé, la peur de l’engagement, la jalousie ou encore le deuil d’une relation. La question n’est pas de savoir si une idylle est possible entre un être de chair et de sang et un logiciel d’intelligence artificiel, mais plutôt ce que l’on en fait. Le film de Spike Jonze aborde sans critiquer les bienfaits et les travers de la technologie. De quoi faire réfléchir sur notre manière d’utilisé ces nouveautés.

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