Les commentaires de Celola
Le double niveau de lecture du scénario est un coup de maître. Plutôt que de filmer la gloire des super-héros, le film commence là où les autres s'arrêtent : la retraite forcée et la crise de la quarantaine. Suivre Bob Parr piégé dans un bureau d'assurances trop petit pour lui, ou Helen gérant les crises du quotidien, est d'une drôlerie et d'une vérité psychologique incroyables. Le film traite de la frustration, de la nostalgie, du couple et du besoin d'excellence avec une maturité inédite pour un film d'animation. De plus, Brad Bird (venant de l'animation traditionnelle) a bousculé les habitudes de Pixar en imposant un découpage ultra cinématographique. Les scènes d'action sur l'île de Nomanisan — notamment la course poursuite de Flèche dans la jungle — sont des modèles absolus de rythme, de gestion de l'espace et de tension. Chaque pouvoir est utilisé de manière créative et trouve sa place dans les chorégraphies de groupe. Egalement, le film est un pur régal visuel de style rétrofuturiste, croisant l'univers des premiers James Bond des années 60 avec l'architecture moderniste et le design de banlieue américaine de l'époque. Le travail sur les textures, les costumes (conçus par la géniale Edna Mode) et les décors donne au film une identité visuelle intemporelle et immédiatement reconnaissable. Enfin, pour sa toute première collaboration avec Pixar, Michael Giacchino signe une partition d'anthologie. En utilisant un big band de jazz et des cuivres explosifs à la John Barry (le compositeur historique de James Bond), il injecte une énergie folle et une classe folle au film. La musique est un personnage à part entière qui porte le souffle épique de l'aventure.
Afficher en entierL'écriture est d'une fluidité parfaite. Spoiler(cliquez pour révéler)Le film s'ouvre sur un drame traumatisant (l'attaque du barracuda) qui justifie immédiatement la névrose et la surprotection de Marin envers son fils unique. La structure en double quête — Marin qui affronte l'immensité de l'océan et Nemo qui tente de s'évader du bocal à hauteur de poisson — maintient une tension et une dynamique incroyables du début à la fin. De plus, la galerie de personnages secondaires est l'une des plus riches et mémorables de l'histoire de l'animation. Dory, le poisson chirurgien bleu souffrant de troubles de la mémoire immédiate (portée par la performance géniale de Céline Monsarrat en VF), forme un duo comique et tragique parfait avec le rigide Marin. Les requins repentis ("Les poissons sont nos amis, on y touche plus"), les tortues baba cool portées par le courant est australien, ou la clique du bocal du dentiste... Chaque apparition est culte. Egalement, pour 2003, le rendu de l'eau était une révolution technique absolue. Pixar a réussi à capturer la limpidité des lagons, la texture du corail, la suspension des particules, les reflets de la lumière à travers la surface et l'obscurité terrifiante des abysses. Le film offre des plans d'une beauté plastique qui n'ont pas pris une ride. Enfin, en s'éloignant des partitions habituelles de son cousin Randy Newman, Thomas Newman livre une bande-son hypnotique, mystérieuse et aquatique. L'utilisation du piano et des cordes apporte une touche de mélancolie et d'immensité qui colle parfaitement à l'appel du grand large et à la détresse de ce père cherchant son fils.
Afficher en entierLe Génie est le cœur atomique du film. En confiant le rôle du Génie à l'immense Robin Williams (et à Richard Darbois pour la version française, tout aussi monumentale), Disney a fait entrer la pop culture et l'improvisation dans ses dessins animés. Le Génie est un feu d'artifice visuel ininterrompu, enchaînant les transformations, les imitations et les anachronismes à un rythme effréné. C'est du pur génie comique qui n'a pas pris une ride. De plus le duo Alan Menken (musique) et Howard Ashman / Tim Rice (paroles) livre une partition parfaite. Chaque morceau est un classique instantané : de l'explosif Nuits d'Arabie au grandiose Prince Ali, en passant par l'incontournable et romantique Ce rêve bleu (A Whole New World), qui a d'ailleurs remporté l'Oscar de la meilleure chanson originale. Les morceaux font avancer le récit avec une fluidité absolue. Egalement, inspiré par les lignes courbes et expressives des caricatures d'Al Hirschfeld, le design des personnages est d'une efficacité redoutable (la rondeur bienveillante du Sultan, les angles acérés et reptiliens de Jafar). Le film est aussi un pionnier dans l'utilisation des images de synthèse, notamment pour la vertigineuse séquence de la Caverne aux Merveilles et le vol du Tapis Magique, qui restent très impressionnants pour l'époque. Enfin, le film dure 1h30 et ne souffre d'aucun temps mort. Aladdin est un héros attachant, plus malin et actif que les princes Disney traditionnels, et Jasmine est une princesse moderne qui refuse qu'on décide de sa vie. Face à eux, Jafar est l'un des méchants les plus charismatiques, manipulateurs et théâtraux de l'écurie Disney, parfaitement secondé par le caustique Iago.
Afficher en entierL'idée de base est géniale, mais c'est le traitement du personnage de Rémy qui élève le film. Ce n'est pas juste un animal qui parle, c'est un artiste incompris, un passionné d'un niveau absolu piégé dans un corps de nuisible. La dynamique de marionnettiste avec Linguini donne lieu à des moments de comédie slapstick d'une efficacité redoutable, tandis que le message du film (Tout le monde peut cuisiner) est d'une immense noblesse. De plus, Brad Bird insuffle une énergie folle au film. Sa caméra virevolte à hauteur de rat entre les marmites, sous les chariots et dans les rues pavées de Paris. La scène où Rémy découvre la cuisine de Gusteau pour la première fois est un modèle de rythme et de découpage, digne d'une scène d'action ou d'un ballet. Egalement, visuellement, le film est somptueux. Les équipes de Pixar ont réussi l'exploit de rendre la nourriture virtuelle appétissante (le brillant des sauces, la texture du pain, la vapeur des bouillons). Le Paris du film est une version sublimée, romantique et intemporelle, baignée dans des lumières chaudes et dorées qui rappellent les plus belles cartes postales. Enfin, la musique est l'accord parfait. Michael Giacchino livre une partition d'une fraîcheur incroyable, mêlant l'accordéon, la guitare manouche et le jazz pour créer une ambiance typiquement parisienne sans jamais tomber dans le cliché lourd. Le morceau de fin, Le Festin, interprété par la chanteuse Camille, apporte la touche finale parfaite à cette recette.
Afficher en entierLe duo Harrison Ford / Sean Connery est le cœur battant, le coup de maître du film. L'alchimie entre Ford et Connery (qui n'avait pourtant que 58 ans à l'époque) est légendaire. Le contraste entre le fils aventurier et le père professeur, rigide et un peu tête en l'air, désamorce constamment l'action par un humour savoureux. Leurs chamailleries familiales au milieu des explosions et des fusillades sont un régal absolu. De plus, Steven Spielberg livre une nouvelle fois une leçon de découpage et de dynamisme. Le prologue mémorable avec le regretté River Phoenix en jeune Indiana explique avec une fluidité déconcertante les origines du mythe (la cicatrice, le fouet, le chapeau, la phobie des serpents). Le film enchaîne ensuite les morceaux de bravoure à un rythme effréné : la poursuite en side-car, le sauvetage au château de Brunwald, le duel d'anthologie contre le char d'assaut et les fameuses épreuves du Graal. Egalement, sous ses airs de grande aventure face aux nazis, le scénario de Jeffrey Boam est en réalité une magnifique quête intime. La recherche du Saint Graal n'est qu'un prétexte pour la véritable quête du film : la réconciliation entre un père et son fils. Cette dualité donne au film une profondeur psychologique et une tendresse que les précédents volets n'avaient pas. Enfin, John Williams adapte son célèbre thème pour y intégrer des sonorités plus religieuses, mystiques et médiévales liées aux Chevaliers du Graal. Le thème de Henry Jones Sr., à la fois espiègle et noble, souligne à merveille la relation complexe mais aimante entre les deux hommes.
Afficher en entierJoe Spinell livre une performance monumentale et terrifiante dans le rôle de Frank Zito. Loin des tueurs masqués et invincibles à la Michael Myers ou Jason Voorhees, son personnage est un homme bedonnant, transpirant, profondément pathétique et torturé par le traumatisme d'une enfance maltraitée. Sa performance rend le film presque insoutenable tant elle transpire le réalisme et la misère psychologique. Face à lui, la présence de Caroline Munro apporte une touche de douceur inattendue. De plus, William Lustig filme un New York nocturne, poisseux et préhistorique. La photographie sale et le grain de la pellicule 16 mm (gonflée en 35 mm) donnent au film un aspect de quasi documentaire ou de snuff movie. C'est une plongée immersive et étouffante dans la solitude urbaine et le voyeurisme. Enfin, les effets spéciaux sont le sommet du gore artisanal. Le maquilleur de légende Tom Savini livre ici des visuels d'une violence graphique inouïe pour l'époque. La célèbre scène du fusil à pompe sur le pare-brise (où Savini joue lui-même la victime) reste une prouesse technique saisissante, réaliste et profondément dérangeante, qui a marqué l'histoire des effets spéciaux. En revanche le scénario est la limite du genre grindhouse. Le film est une succession de traques et de meurtres répétitifs, liés par les monologues schizophrènes de Frank au milieu de ses mannequins de vitrine. L'intrigue est minimaliste et la fin, bien que cauchemardesque et marquante, arrive de manière assez abrupte.
Afficher en entierRidley Scott prouve qu'à plus de 85 ans, il n'a rien perdu de sa maestria pour filmer le gigantisme. L'ouverture (un siège naval mémorable) et les combats dans l'arène sont d'une efficacité redoutable. Scott pousse le curseur du spectaculaire encore plus loin, quitte à flirter avec le divertissement pur (les babouins enragés, la naumachie avec des requins). Visuellement, la Rome impériale est décadente et somptueuse. De plus, le film est sauvé et transcendé par ses acteurs. Paul Mescal (Lucius) s'en sort très honorablement dans un rôle physique et ingrat, mais c'est le duo de vétérans qui crève l'écran. Denzel Washington (Macrinus) est absolument impérial en entremetteur machiavélique et manipulateur, volant la vedette à chaque apparition. Face à lui, Pedro Pascal (Marcus Acacius) apporte la nuance et la mélancolie tragique qui manquent parfois au reste du récit. Mais le manque d'originalité du scénario est la limite majeure du film. L'intrigue calque de manière trop flagrante la structure du premier volet : un héros déchu, laissé pour mort, qui devient gladiateur pour se venger d'un empire corrompu dirigé par des empereurs tyranniques (incarnés ici par Joseph Quinn et Fred Hechinger, un peu trop en roue libre dans le registre de la folie). Le film manque cruellement de l'effet de surprise et de la profondeur philosophique du parcours de Maximus. Enfin, Harry Gregson-Williams reprend le flambeau de Hans Zimmer pour la bande-son. Si la musique fait le travail et réutilise intelligemment les thèmes mythiques du premier film pour titiller la nostalgie, elle peine à imposer sa propre identité ou à susciter le même frisson mystique que la partition de 2000.
Afficher en entierRussell Crowe trouve ici le rôle de sa vie. Son Maximus Decimus Meridius est un bloc de charisme, de douleur et de noblesse brute ; sa voix et sa présence crèvent l'écran. Face à lui, Joaquin Phoenix livre une performance monumentale en Commode, un empereur névrosé, lâche, cruel et pathétique. Le choc psychologique et physique entre ces deux personnages est le cœur battant du film. De plus, Ridley Scott est un réalisateur visionnaire. L'ouverture d'anthologie dans les forêts de Germanie installe immédiatement une esthétique viscérale, boueuse et violente. Les combats dans le Colisée sont d'une efficacité redoutable, magnifiés par une photographie aux tons dorés et un sens du découpage qui donne le vertige. Scott ressuscite la Rome antique avec une fidélité visuelle saisissante. Egalement, la musique de Hans Zimmer et Lisa Gerrard est l'une des bandes-son les plus marquantes et influentes des années 2000. Le contraste entre les morceaux de bravoure guerriers aux accents wagnériens et les envolées mystiques et mélancoliques portées par la voix envoûtante de Lisa Gerrard apporte au film toute sa dimension tragique et spirituelle. Enfin, l'histoire de la vengeance de l'esclave devenu gladiateur est une tragédie shakespearienne classique mais d'une efficacité narrative redoutable. Le film dure 2h35 mais ne souffre d'aucune longueur, alternant parfaitement les joutes politiques dans l'ombre du Sénat et la fureur de l'arène. Quelques libertés historiques évidentes sont prises, mais elles servent magnifiquement le drame.
Afficher en entierVisuellement, le film est un chef-d'œuvre absolu. Le noir et blanc somptueux de Robby Müller est d'une richesse incroyable, capturant la texture de la boue, des forêts brumeuses de l'Ouest américain et de l'acier des armes à feu. Le film dégage une atmosphère de rêve éveillé, à la fois funèbre, boueuse et d'une beauté plastique à couper le souffle. De plus, la bande-son de Neil Young est l'un des coups de génie du film. Young a improvisé la totalité de la musique seul dans un studio en regardant le montage du film, armé de sa guitare électrique saturée. Les accords lourds, rugueux et réverbérés agissent comme le battement de cœur agonisant du protagoniste, fusionnant totalement avec les images de Jim Jarmusch. Egalement, Johnny Depp est magistral dans le rôle de William Blake, ce jeune comptable naïf qui se transforme lentement, malgré lui, en un hors-la-loi traqué. Mais la véritable révélation est Gary Farmer dans le rôle de Nobody, un Amérindien érudit et rejeté qui prend Blake pour la réincarnation du célèbre poète anglais du même nom. Leur duo est d'une drôlerie absurde et d'une profonde tendresse. Enfin, fidèle au style de Jim Jarmusch, Dead Man refuse les codes du western d'action. C'est un film lent, contemplatif, construit comme une lente dérive poétique vers l'inévitable. Ce rythme hypnotique fait toute la force de l'œuvre, mais il peut désarçonner ou ennuyer les spectateurs qui s'attendent à des duels traditionnels et à un rythme effréné.
Afficher en entier

Le film est construit comme un véritable thriller dramatique. On assiste, impuissant, à l'accumulation surréaliste de catastrophes en l'espace de seulement six jours de tournage : des avions de chasse de l'OTAN qui gâchent le son, une tempête de grêle biblique qui détruit les décors et change la couleur du désert, et enfin la hernie discale de l'acteur principal (Jean Rochefort), incapable de remonter à cheval. La tension est palpable et le spectateur souffre sincèrement pour l'équipe. De plus, le documentaire capte magnifiquement la psyché de Terry Gilliam. Le réalisateur excentrique de L'Armée des douze singes apparaît ici comme un véritable Don Quichotte moderne, se battant contre les moulins à vent de l'industrie, des assurances et de la météo. Sa chute, passant de l'enthousiasme enfantin au rire nerveux puis au désespoir le plus total, est bouleversante. Egalement, c'est une masterclass absolue sur les réalités financières et logistiques d'un tournage européen à gros budget. Le film démonte le mythe du réalisateur tout-puissant pour montrer le poids des coproducteurs, les barrières de la langue, les problèmes d'argent et le rôle crucial (et ingrat) du premier assistant réalisateur, Phil Patterson, qui tente de maintenir le navire à flot. Enfin, la réalisation reste celle d'un documentaire vidéo du début des années 2000, très brute et sans fioritures esthétiques majeures. Cependant, l'intégration des superbes storyboards de Gilliam et des répétitions avec Johnny Depp et Jean Rochefort permet de visualiser le chef-d'œuvre fantôme que le film aurait dû être, renforçant le sentiment de gâchis.
Afficher en entier