Les commentaires de Inuki
Adapté d’un roman, le dernier film de Martin Scorsese présente un sujet assez inconnu pour les Occidentaux: l’Inquisition japonaise. L’action se situe dans le XVIIème siècle et témoigne de la répulsion qu’éprouvait le Japon pour le christianisme. Le réalisateur a gardé pendant des années l’idée d’adapter ce livre au cinéma, voilà chose faite en 2016.
Deux jeunes prêtres jésuites sont envoyés au Japon après la disparition de l’un d’entre eux, ils commencent alors à le remplacer et côtoient des chrétiens japonais qui vivent dans le secret de leur foi et qui se cachent pour prier sous peine des pires sévices.
Bien qu’un hommage soit rendu aux martyrs et chrétiens japonais ainsi qu’à leurs prêtres, Scorsese arrive à filmer sans prendre partie pour quelconque croyance.
On peut applaudir le formidable travail d’acteur d’Andrew Garfield en tant que jeune prêtre émotif confronté à la remise en question de sa foi et des supplices infligés à quiconque osera prononcer le nom ou croire au dieu occidental. La réalisation de Scorsese est formidable, nombreux sont les paysages sublimes sur lesquels de terribles tortures sont organisées. D’autant plus que le film porte assez bien son nom, le rythme est lent et bien souvent sous-couvert d’un silence quasi-religieux. Scorsese ne laisse passer aucune émotion dans sa manière de filmer, le spectateur constate comme Sebastião Rodrigues, le dur quotidien de ceux qui ont découvert une foi étrangère à la différence que Sebastião Rodrigues est profondément touché par les événements dont il est témoin. Ce sera donc au spectateur de choisir si le film l’émeut ou non.
Mis à part le scénario qui semble choisir lui-même son public, le deuxième obstacle que ce film peut déposer est sa durée. Si on arrive à passer outre celle-ci, on découvre une grande épopée concentrée autour du jeune Sebastião Rodrigues. Et une fois le visionnage achevé, on se pose une question autour du titre du film, ce « Silence » éclatant, à qui se rapporte-t-il ? Ne serait-ce pas celui de la foi qu’on tait et qu’on garde au plus profond de soi-même malgré les interdits socio-géographiques ?
Afficher en entierLe film Julieta est une confession, celle d’une mère à sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. En écho à Tout sur ma mère, Julieta reprend le schéma de la mère désespéré, bouleversée par un évènement qu’elle n’aurait jamais voulu vivre mais qui devait arriver. Contrairement à Manuela de Tout sur ma mère, Julieta n’entreprend pas un voyage géographique mais un voyage psychologique. Elle remonte le temps au fur et à mesure de son écriture, elle écrit à sa fille les choses qu’elle aurait du lui dire, les choses qu’elle a tu, les paroles muettes qui ont provoqué l’absence de cette fille mystérieuse dont elle ne sait rien désormais.
La réalisation est intéressante, on découvre deux Julieta, incarnées par deux actrices différentes pour symboliser le temps qui distancie deux époques. Mais les deux Julieta se rejoignent et n’ont font plus qu’une au cours de ce témoignage émouvant d’une mère sur son parcours. Elle dévoile tout : ses peurs, ses peines, ses joies, ses faiblesses, son incompréhension. Mais une fois encore, Julieta se différencie de Manuela car elle avance toute seule, sans personne pour l’épauler dans sa douleur. Là où Manuela veut se souvenir, Julieta veut oublier.
Le film est conçu comme une œuvre qui sert de continuité à un parcours, il est donc primordial de connaître le cinéma d’Almodóvar, son style et ses thèmes pour pouvoir saisir l’importance du choix de la fin.
Malgré le côté émouvant du film, Julieta n’apporte pas beaucoup à l’édifice qu’Almodóvar avait déjà construit sinon un rappel du talent et des bons films dont le réalisateur est capable.
Afficher en entierUne fois encore Pedro Almodóvar décide de mettre les femmes à l’honneur dans un film. Rythmé par ses personnages aux caractères bien trempés, des couleurs chaudes et le soleil de Madrid, Volver est la représentation même de l’Espagne au cinéma. Sans doute le meilleur film du réalisateur pour découvrir son univers et saisir les thèmes qu’il transporte à l’écran.
Trois générations de femmes interagissent pour dévoiler des relations familiales conflictuelles mais non pas sans tendresse. Derrière une intrigue assez surprenante bientôt mise au second plan, Volver garde un certain cynisme qui charme celui qui y voit le talent du réalisateur, en effet, il réussit à nous passionner uniquement sur les relations que ces femmes développent.
Les actrices sont semblables à l’univers qui les entoure, elles sont envoûtantes, vives et touchantes. La belle et sulfureuse Penélope Cruz endosse son rôle de femme forte à la perfection. Dans cette Espagne colorée, elle prend son indépendance et lutte afin de protéger sa famille mais surtout pour se protéger elle-même.
Almodóvar reste fidèle à lui-même et derrière ce film aux attraits charmants, les personnages vivent dans des non-dits, des silences et des conflits. Volver, c’est l’amour de l’autre, l’amour du langage, c’est se dévoiler, s’accepter et accepter les autres. Volver c’est "revenir" et réussir enfin à parler à ceux qu’on aime.
Afficher en entierEn voilà un film plein de douleur et de tendresse. Almodóvar nous présente une femme qui a perdu son seul attachement au monde : son fils. Elle accepte de vivre désormais avec cette souffrance, qui lui rappelle continuellement qu’une part d’elle même est morte le jour de l’accident qui a pris la vie à son enfant.
Afin de réaliser son deuil ou bien de le garder le plus longtemps possible, la mère se lance dans une aventure où elle retrouvera une partie de son passé mais continuera d’avancer à l’aide de rencontres, de pertes et de joies. La parole est donnée aux femmes laissées pour compte, celles qui se battent et vivent à contre-courent, celles qu’on ne connaît pas, prostituées, sœurs pénitentes, lesbiennes, sidaïques, toxicomanes, transsexuelles, mère-célibataires. Seules dans leurs combats, renforcées par l'absence des hommes, elles se dévoilent sans retenue pour continuer de vivre. On découvre alors la vie de ces femmes sous la forme d’un éprouvant chemin de croix, ces femmes lassées d’aimer sans retour, qui se soutiennent mais qui ne cherchent qu’un peu de considération et d’affection.
Tout sur ma mère reste le film le plus triste que le réalisateur ait filmé, la mise en avant des actrices est époustouflante, notamment Cecilia Roth dans le rôle de la mère endeuillée. Le film mérite chacun de ses prix.
Émouvant et terrible, c’est avant tout le film d’un amour fou qui cherche à se dévoiler. Almodóvar exhibe ici le deuil comme l’impossibilité définitive de témoigner à l’autre qu’on l’aime, la plus grande des frustrations, la pire des douleurs.
Afficher en entierUne fois encore, Almodóvar tourne un film émouvant. Ici l’absence de l’autre est d’autant plus percutante puisque l’être aimé est dans l’incapacité de communiquer, situation médicale oblige.
Les deux femmes sont plongées dans le coma, les deux hommes sont à leur chevet et agissent de manière totalement différentes. Si l’un est aux petits soins pour la femme qu’il aime, l’autre ne tient pas à troubler l’état de la sienne. Les deux hommes se rencontrent et une amitié assez singulière commence, liés par leurs amantes muettes, ils se confient l’un à l’autre. Les larmes ne sont pas le seul moyen pour témoigner de l'émotion.
Le film est un festival de regrets et de silences. L’espoir essaie de repousser l’abandon et se joint à l’amour maladroit qui tente tant bien que mal de maintenir allumée la flamme qui réside dans le cœur des deux protagonistes.
Il ne faut pas oublier qui réalise le film, son habitude d’indisposer, de choquer et de fasciner le spectateur. Il réalise un travail réussi d’une beauté malsaine autour des actrices mimant des victimes de coma, notamment au moment des toilettes que le réalisateur présente avec une touche d’érotisme qui peut sembler de trop. Ce n’est pas le seul point terrible qui peut résider du film, le simple destin des personnages est propre à la fatalité drôle et cruelle d’Almodóvar.
Parle avec elle est touchant et affreux, il n’est pas sans rappeler les difficultés qu’on éprouve pour dire aux autres qu’on les aime.
Almodóvar peut sous-entendre quelque chose de bien plus important : refuser de se laisser aller, autant dans le silence que dans le langage, car l’irréparable adviendrait. La communication sert à cimenter toute relation.
Afficher en entierLa piel que habito est un film déroutant, Almodóvar choque en délivrant à l’aide d’un témoignage romancé que le corps humain est la plus belle et la plus terrible des œuvres. Jamais le réalisateur n’avait réussi à autant se distancer de son cinéma habituel tout en gardant des thèmes qui lui sont propres.
D’apparence lisse comme la peau dont il est question dedans, il recèle de nombreux secrets. D’une beauté malsaine, le film fascine autant qu’il effare.
Réalisé de manière chirurgicale, le spectateur assiste à l’ambiance froide et lente néanmoins rythmée par des événements sulfureux et révoltants. Le réalisateur allie les plans épurés où ne règnent que diverses teintes de gris aux plans colorés et ensoleillés qu’on lui connaît bien.
Disposant d’une rare violence cachée derrière des scènes calmes et poétiques, ce sont les relations quasi-mystiques entre les personnages qui donnent au film un rythme effréné et particulièrement psychotique lors de sa deuxième partie. Les personnages, épitomés du mystère et du silence, entament un jeu de soumission et de domination mais jamais capitulation n’est obtenue. Toutes ces choses sont disposées dans une ambiance alliant le silence et l’ardeur. On ne sait pas où Almodóvar désire nous transporter mais lorsque les masques tombent et que la vérité est mise à nue, nombreuses sont les questions qui se soulèvent sur la légitimité des actes et des châtiments de chacun.
Véritable ode à l’amour, la folie et la violence, La piel que habito n’en reste pas moins une célébration grandiose de la conscience et des corps.
Afficher en entierJ'ai décidé récemment de regarder quelques films du célèbre maître du cinéma espagnol, Almodóvar. Je n'ai jamais nié son talent, mais son style est véritablement particulier, il suffit de regarder à tout hasard Hable con ella ou Todo sobre mi madre. Almodóvar aime beaucoup montrer à l'écran des personnages aux relations complexes. Habités par des regrets, des non-dits, des secrets, des désirs ravageurs qu'ils cherchent à éteindre ou dévoiler. Ces mêmes codes sont utilisés ici.
Almodóvar a décidé de s'attaquer à un thème assez révoltant, mais le film se découpe sur plusieurs époques que le réalisateur mélange (réalisation qu'il utilisera plus tard dans Los abrazos rotos) afin de montrer que les traumatismes sont présents et resteront à jamais. Les personnages s'en jouent d'ailleurs, chose assez perverse et déroutante. Une quête de la vérité mais aussi de la découverte de soi-même. A la manière d'un roman, le film peut se présenter comme une œuvre d'apprentissage, les personnages évoluent mais grâce à l'attachement qu'ils ont au passé. Les acteurs sont doués tout comme le réalisateur, rien à redire à ce point.
Malheureusement, je n'ai pas réussi à apprécier l’œuvre. Chose qui m'attriste quelque part, car c'est véritablement un bon film. Sans doute ai-je trouvé que le scénario tirait beaucoup sur le terrible. Quelque chose n'a pas pris, j'arrive à comprendre qu'on puisse aimer ce film, mais ce ne fut pas mon cas.
Le talent est là, mais l'émotion n'y est pas.
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A la Merveille, derrière ce titre plein de charme et racoleur nous est dévoilé un film du très connu Terrence Malick. Histoire d’amour sous fond de drame. Un couple s’aime et se déchire.
La réalisation s’effectue encore à l’aide de brisures, style grâce auquel on reconnaît désormais le cinéma de Malick. Sans aucun doute destiné à impressionner et enchanter le spectateur, le style provoque au contraire un agacement au bout de quelques minutes à peine. Pour ne rien arranger, le film est raconté (quasi-absence de dialogues bien connue de la réalisation de Malick) en diverses langues, on pourrait supposer ici une condescendance propre aux grands réalisateurs.
Impossible de se concentrer sur les personnages, les acteurs ne sont pas mis en valeur, mis à part quelques plans sur les visages de Rachel McAdams ou Olga Kurylenko, on ne voit jamais leurs traits. Les acteurs masculins sont quand à eux totalement mis de côté et pourtant Ben Affleck et Javier Bardem ne le méritent pas. Et si les acteurs ne peuvent s’épanouir face à la caméra, les répercussions sur les personnages sont terribles. Ils sont creux, on ne ressent rien à leur égard, ni amour, ni colère, ni pitié. Cela ne peut que laisser un film d’une réalisation sans saveur, le véritable héros du récit reste cet être suprême dont il est continuellement question dans les monologues effectués en voix-off. Le sempiternel prosélytisme autour de ce dieu autant présent qu’absent n’est d’aucune aide et ne fait que rendre le film encore plus insupportable qu’il ne l’est déjà. Des questions métaphysiques et religieuses absolument prétentieuses.
Malgré le style malvenu de la brisure pour raconter une histoire, on ne peut nier à Malick un talent autour de l’image de ses plans. Il filme avec délicatesse et poésie, malheureusement pour l’ensemble d’un film, ça ne prend pas.
Là où certains crient au talent, je soupire d’ennui.
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