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Les commentaires de Lyran

Commentaire ajouté par Lyran 2026-06-04T16:54:34+02:00
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Un peu marrant, extrêmement bourgeois, et les mouvements de caméra sont aux fraises. Ça se regarde.

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Commentaire ajouté par Lyran 2024-12-02T20:08:49+01:00
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On ment toujours à ses enfants « pour leur bien ». Du moins, c'est ce qu'on essaye de se dire : qu'il fallait les protéger, que les adultes savent mieux... Ici, Yórgos Lánthimos pousse ce concept à l'extrême en mettant en scène un huis clos familial où les parents élèvent leurs trois enfants en leur inventant un monde aux règles absurdes, qui se limite aux barrières de leur jardin. On a l’impression d’observer une expérience sociale dérogeant à toute considération éthique ; c'est froid, c'est glauque, et étrangement fascinant.

Les enfants du couple, deux filles et un garçon, sont maintenus dans un état juvénile, malgré leur âge qui semble être autour de la vingtaine. Ils jouent et crient de manière enfantine, croient aveuglément ce qu'on leur dit et sont très naïfs sur tout ce qui concerne la sexualité, acceptant de pratiquer des actes dont ils ne saisissent pas la portée. Ce n'est pas une éducation que les parents leur offrent, mais une aliénation. Une éducation aurait pour but de créer des individus capables et épanouis, alors qu’ici, tout est constamment faussé : la signification des mots, par exemple, ou les connaissances médicales de l’aînée qui sont vraisemblablement limitées puisqu'elle ne sourcille pas en apprenant que sa mère est enceinte d'un chien.

Spoiler(cliquez pour révéler)Le film réussit à nous faire comprendre que ces enfants ne sont jamais sortis de ce jardin (qui n’est pas sans rappeler une sorte d’Eden), en montrant ce qu’une vie de confinement a comme effet sur eux : ils peuvent se repérer dans l’espace les yeux fermés, citer par cœur les vidéos de leur famille qu'ils regardent en boucle… et sont également très peu imaginatifs, ce qui se traduit notamment par l'incapacité d’inventer des noms lors de leurs jeux. À propos de mots, le film établit un lien entre le vocabulaire (et par extension, la connaissance et l'imagination) et le monde extérieur. Les mots aux définitions fausses sont tous en lien avec le dehors – « mer, excursion, téléphone… ». Et c’est par l'intrusion de l'extérieur dans l'intérieur, par le biais du personnage de Christina, que l'aînée commence à s'émanciper en se renommant "Bruce". En résumé, l'apprentissage en vase clos entraîne une étroitesse d'esprit que seuls des apports hors de nos références peuvent tempérer.

En tant que spectateur, nous sommes au fait de la supercherie qui se déroule sous nos yeux. Pour autant, on a du mal à cerner les intentions des parents, ce qui renforce l’absurdité de la situation. Est-ce une expérience ? Une tentative de dressage d’humains ? On note le parallèle établi avec le dressage des chiens, à son paroxysme lors de la scène où le père entraîne sa famille à se défendre contre les chats en les faisant aboyer à quatre pattes. En passant, c'est le père qui est décideur et qui tire les ficelles : même si la mère se fait complice, elle n'a au final presque aucun pouvoir.

Personnellement, j'ai plutôt vu dans cette dynamique un désir pervers d’établir sa puissance sur autrui, de distordre leur réalité pour conserver l’ascendant sur eux. Peut-être aussi l'envie de garder ses enfants auprès de soi pour toujours. Contrôler leur environnement, les maintenir, les contenir… pour, selon le père, les protéger. Sauf qu'il est difficile d'imaginer plus grand danger que ce qu'il leur fait déjà subir : de la pure maltraitance, Spoiler(cliquez pour révéler)qui va jusqu’au viol et à l’inceste, consenti et encouragé par les parents.

Le sexe occupe une part importante du film, à travers bien sûr les actions des personnages, mais aussi par la manière dont ils sont filmés (les enfants sont souvent en sous-vêtements, beaucoup de plans ne cadrent que leurs jambes nues…). Spoiler(cliquez pour révéler)Il est utilisé comme un outil de domestication (essentiellement pour contrôler les potentielles pulsions du fils), et révèle les dynamiques de pouvoir et de soumission à l’œuvre dans la famille (à travers ce troc de cadeaux contre léchage). Dorothée Dussy, une anthropologue spécialisée sur l’inceste, explique que ce n’est pas un acte qui relève de la pulsion sexuelle mais de la volonté d’écraser l’autre pour affirmer son pouvoir – ce qui semble souvent être le cas de la violence sexuelle de manière générale. Je trouve cette analyse pertinente pour ce film : le père, même s’il n’a pas directement de comportement incestueux envers ses enfants, est complètement dans ce fantasme de puissance.

Le propos de Canine est servi par une réalisation très froide, autant dans l’image (lumières blanches d’hôpital, plans fixes, cadres qui coupent les têtes et tronquent les corps) que dans la mise en scène (ton monocorde des personnages qui traduit leur détachement émotionnel, absence de tendresse dans les scènes de sexe – ou même de manière générale). La place laissée au silence est assez importante ; il n’y a pas de musique extradiégétique. Résultat, on trouve parfois le temps long, tout comme, j’imagine, ces personnages enfermés dans une boucle sans fin.

Jusqu’où peut-on aller pour conquérir sa liberté ? Ce n’est pas la première fois que Lánthimos fait passer l’émancipation par la violence – souvent auto-infligée. Spoiler(cliquez pour révéler)Dans The Lobster, le protagoniste doit se crever les yeux pour enfin trouver sa place dans la société et épouser la femme qu’il aime. Il en est incapable. Dans Canine, au contraire, l’aînée réussit à aller au bout de ce geste d’automutilation en se cassant les dents. L’espoir que l’on a de la voir s’échapper est cependant vite anéanti par le plan final sur le coffre de la voiture : elle a beau être dehors, elle est toujours dedans. Il est trop tard pour elle, elle ne pourra jamais se remettre du lavage de cerveau intensif qu’elle a subi. Preuve en est que si elle ose fuir, c’est seulement dans le cadre qu’on lui a donné : elle continue de suivre les règles absurdes qu’elle croit être vraies en se cassant une canine et n’osant pas fouler le sol de l’extérieur. C’est donc une fin sacrément pessimiste, pour un film qui ne l’est pas moins.

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Commentaire ajouté par Lyran 2024-02-28T20:31:41+01:00
Argent

Plutôt qu’un film d’horreur, L’échine du diable est un drame fantastique assez classique, qui s’attache davantage à créer une ambiance mystérieuse qu’à faire peur. Et en dépit des apparences, la vraie horreur n’est pas suscitée par le fantôme – dont on comprend assez vite qu’il est inoffensif –, mais par la réalité d’un monde violent et sans pitié. L’orphelinat est marqué des stigmates de cette violence (une bombe plantée au milieu de la cour, une directrice à la jambe amputée), d’une guerre qui trouve son écho dans les conflits entre les personnages.

On retrouve là plusieurs codes communs aux films de Guillermo del Toro : un contexte de guerre en arrière-plan, une condamnation de la violence, et un méchant macho qui lie symboliquement la virilité à cette violence.

Spoiler(cliquez pour révéler)Ici, le méchant est Jacinto, un homme à tout faire anciennement pensionnaire de l’orphelinat. Volontairement manichéen, il s’enfonce toujours plus loin dans la cruauté et la brutalité, transgresse tous les interdits (meurtre d’enfants, de femmes, vol, adultère…) et se décrit lui-même comme une « bête ». Jeune, bien bâti, il incarne une masculinité dangereuse. Son pendant au sein de l’orphelinat est le personnage du mari de la directrice, qui est tout son contraire : il est vieux, il est médecin et guérit là où Jacinto blesse, et il est impuissant, incapable de faire l’amour avec sa femme – ce que Jacinto ne se prive pas de faire à sa place. Lorsqu’il y est contraint, le médecin n’hésite toutefois pas à prendre les armes pour défendre l’orphelinat, mais il meurt sans avoir pu porter de coup fatal. Quant à Jacinto, il est puni par un retour de karma. Ses propres actions tissent son dénouement : il finit noyé par le fantôme de l’enfant qu’il avait tué, alourdi par le poids des lingots d’or qu’il convoitait si ardemment.

Spoiler(cliquez pour révéler)Si la punition de l’antagoniste vient condamner cette virilité toxique, on note quand même que la résolution du conflit se fait par la violence. Les personnages les plus innocents, Carlos et les autres enfants, cèdent à cette pulsion en donnant des coups de pieu à leur bourreau avant de le pousser dans le bassin où il finira noyé. On peut y voir une perte de leur innocence, impossible à conserver lorsque partout la guerre fait rage ; une énième conséquence de ce climat de violence qui gangrène tout autour de lui.

L’échine du diable interroge sur ce qu’est un fantôme et donne sa propre réponse : c’est un moment de douleur figé dans le temps, à l’image de cet obus désamorcé condamné à rester planté dans le sol, sans pouvoir exploser. Le huis-clos dans l’orphelinat, isolé de tout, transforme ce lieu en petit théâtre du malheur de la vie humaine. Il s’y dégage une forme d’immobilité ; les personnages qui l’habitent sont hantés par leur passé et leurs douleurs anciennes. Même le médecin, tout inoffensif qu’il soit, conserve dans son bureau des fœtus en bocaux – Spoiler(cliquez pour révéler)qui ne sont pas sans évoquer le cadavre de l’enfant tué par Jacinto, reposant dans le bassin du sous-sol.

Le film aime jouer sur ce genre de parallèles et d’oppositions. À l’image, il travaille le contraste entre lumière et obscurité, avec de sombres événements se déroulant la nuit ou dans des recoins peu éclairés, dans un orphelinat situé au milieu d’un désert ensoleillé. Spoiler(cliquez pour révéler)Et Jacinto pèche aussi bien par l’eau (en noyant un enfant) que par le feu (en brûlant l’orphelinat).

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Commentaire ajouté par Lyran 2024-02-28T20:27:48+01:00
Bronze

En toute objectivité, j’ai trouvé ce film plutôt bon. Mais son sujet m’a mise mal à l’aise, parce que l’adolescente amoureuse d’un homme plus âgé est une histoire qui me semble bien trop racontée, et qu’à force cette idée finit par s’ancrer dans l’inconscient collectif, peu importe comment elle est traitée. Ça me questionne, parce que je ne suis pas pour une quelconque censure de l’art, mais je pense que l’on a tout de même une responsabilité dans le choix des histoires que l’on raconte et la manière qu’on a de le faire. Je ne sais pas si je reproche vraiment quelque chose à Fish Tank – je crois que je suis juste lassée de ce genre de clichés et que je n’avais pas envie de voir le film s’engager dans cette direction.

La première partie du film joue sur l’ambiguïté de la relation entre Mia et Connor, accentuée par le fait qu’on est dans le point de vue de Mia. Des gestes qui pourraient objectivement relever d’un comportement paternel (il soigne une blessure qu’elle a au pied, lui ôte une partie de ses vêtements avant de la coucher alors qu’elle est endormie…) deviennent sensuels et chargés d’une potentielle attirance réciproque. J’aurais trouvé ça intéressant et sans doute plus inattendu que ce ressenti soit effectivement biaisé de la part de Mia, et que Connor n’ait pas d’intentions autres que paternelles ou amicales envers elle.

Mais évidemment, ce n’est pas le cas. Spoiler(cliquez pour révéler)Mia et Connor finissent par coucher ensemble – ce qui donne l’impression que cette dynamique est inévitable, et que les hommes sont incapables de ne pas sexualiser les adolescentes (le seul autre personnage masculin du film, bien que plus jeune, est lui aussi attiré par Mia : il n’y a donc rien pour contrebalancer cette idée que les homes ne la voient que comme une partenaire potentielle).

Le film ne pose pas de jugement moral explicite sur les actions de ses personnages, le parti pris de la réalisatrice est de rester dans la nuance et de refléter la complexité de de la réalité. C’est au spectateur de comprendre la brutalité sous-jacente du comportement de Connor et l’impact qu’il a sur Mia. L’adolescente cache son manque d’amour sous une attitude agressive, qui ne la rend pas moins fragile et susceptible d’être manipulée par la première personne qui s’intéressera un tant soit peu à elle.

Spoiler(cliquez pour révéler)Ici, c’est le cas de Connor, qui encourage sa passion pour la danse et semble la comprendre comme personne auparavant. Mia est prête à tout lui donner, et lorsque l’acte sexuel survient, elle est consentante. La situation n’en est pas moins violente psychologiquement parlant, puisqu’immédiatement après, Connor met ce dérapage sur le compte de son niveau d’alcoolémie et prend la fuite. Il piétine ainsi l’importance symbolique que prend la première fois dans la vie d’une adolescente, et ôte à Mia un allié dans son environnement chaotique en disparaissant soudainement de sa vie. Cette violence psychologique et émotionnelle ressort dans le comportement impulsif de Mia, qui va alors retrouver Connor, s’introduire dans sa maison, uriner sur sa moquette et kidnapper sa fille de sept ans.

Mia n’est pas un personnage facile à appréhender ; son insolence et son agressivité ne la rendent pas particulièrement sympathique. Mais comment pourrait-elle se comporter autrement quand on voit le milieu dans lequel elle évolue ? Dès le début du film, où elle s’embrouille avec une ancienne amie, on sent que sa vie lui échappe, qu’elle est désespérément seule, enfermée dans une relation conflictuelle avec le monde. On se demande si elle pourra un jour s’en sortir, ou si elle restera éternellement ce poisson coincé dans son aquarium.

La danse semble être la voie de son émancipation, Spoiler(cliquez pour révéler)mais c’est à nouveau quelque chose qui se retourne contre elle et la ramène à une place sexualisée et donc aux limites de sa condition sociale, lorsque l’audition à laquelle elle se présente se révèle être pour un club de gogo dancing. Sa solution d’évasion passe finalement par sa relation amoureuse avec un jeune homme de son quartier. Ils partent ensemble s’établir loin de cette banlieue, et on voudrait que ça marche, mais on ne peut pas s’empêcher de voir que Mia n’a que quinze ans et qu’elle ne fait que reproduire le comportement de sa mère qui fait tourner sa vie autour de ses amants.

Mia n’a pas eu la chance de vivre une enfance équilibrée : il suffit de voir sa petite sœur fumer et boire des bières pour deviner qu’il en a été de même pour elle, qu’elle a dû grandir trop vite et être confrontée à des problématiques qui ne sont pas de son âge. Spoiler(cliquez pour révéler)Cette perte précoce de son innocence se cristallise au moment où elle serre la fille de Connor dans ses bras après avoir manqué de la noyer. Cette enfant heureuse, choyée par ses parents, est tout ce qu’elle n’a jamais pu être, et l’étreinte entre les deux filles souligne ce manque dans la vie de Mia.

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Commentaire ajouté par Lyran 2024-02-28T20:23:39+01:00
Or

« C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure », nous chante Françoise Hardy dans l’une des scènes clés du film. On ne pourrait pas mieux décrire Moonrise Kingdom, qui satisfait nos fantasmes d’enfants en quête d’aventure avec cette fugue en pleine nature, et dépeint avec délicatesse un premier amour dans toute sa candeur et sa maladresse.

La maturité précoce de Suzy et Sam, leurs tourments, leur manière de s’exprimer avec gravité et leur désir d’émancipation en font des enfants « adultes », en décalage avec leurs pairs et incompris de leurs parents et tuteurs. L’absolu de leur amour enfantin est le miroir des amours ratées des adultes, qui semblent tous vivre dans les regrets et une certaine solitude. Si c’est à ça que ressemble la réalité adulte, pas étonnant que les enfants veuillent y échapper !

Comme dans chacun de ses films, le style de Wes Anderson s’impose dès la première image. Rien que la scène d’exposition, nous présentant la maison et la famille de Suzy, rassemble ses principaux gimmicks : des cadres très composés et symétriques, des mouvements de caméras rectilignes, des inserts sur les accessoires et un jeu théâtralisé. Tout ceci a bien sûr un côté artificiel qui va de pair avec cette escapade de rêveurs, sur une île qui devient une scène de théâtre à taille humaine.

L’antagoniste le plus impitoyable du film arrive assez tard : Spoiler(cliquez pour révéler)c’est le personnage de Tilda Swinton, personnification des services sociaux qui veulent mettre la main sur Sam – son nom est d’ailleurs littéralement « Services Sociaux ». Son prénom improbable est révélateur de l’absurdité de cet univers, où l’on peut se relever sans blessure après avoir été frappé par la foudre et où un chef scout chapeaute un mariage entre deux enfants avec le plus grand des sérieux avant de les encourager dans leur fuite. Dans ce monde-là, tout finit par s’arranger, même si c’est tiré par les cheveux ; comme cette scène finale où les personnages tombent d’un clocher foudroyé par la tempête et évitent la chute mortelle en se tenant les uns à la main des autres, suspendus au-dessus du vide.

J’ai apprécié ce film pour sa douceur et son côté nostalgique, mais également pour son humour pince-sans-rire. Le sérieux des personnages accolé à l’absurdité des situations donne un résultat assez savoureux. Pour moi, la scène qui en est la plus représentative est celle où Suzy et Sam discutent de leur mariage avec gravité, mais sans qu’on les entende, à deux pas d’un gamin qui saute sur son trampoline et capte toute notre attention. Une mise en scène incongrue, drôle et riche de signification : encore une fois, on souligne l’ambiguïté des deux protagonistes qui oscillent entre l’enfance et l’âge adulte.

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Commentaire ajouté par Lyran 2024-02-28T20:19:48+01:00
Vu aussi

Un des rares Dupieux qui n'a pas réussi à me surprendre : quand on connaît la patte du réal, Daaaaaalí est un film assez attendu - bien que de bonne facture. On salue évidemment la performance des acteurs (en particulier Jonathan Cohen et Édouard Baer, qui donnent véritablement corps à un Dalí aussi loufoque qu'insupportable, et Anaïs Demoustier, toujours excellente). Au-delà de ça...

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Commentaire ajouté par Lyran 2023-12-12T21:40:48+01:00
Bronze

Surprenant, décalé, Vincent doit mourir s'aventure avec brio dans le mélange des genres en nous livrant un thriller paranoïaque qui commence comme une comédie et s'achève en histoire d'amour. La première partie du film est rythmée et efficace : pour une fois, le protagoniste ne perd pas de temps avant d’accepter et de comprendre ce qui lui arrive – on va droit au but et ça fait du bien.

Le film est porté par un duo de protagonistes complexes et très humains dans leurs contradictions. Vincent n’est pas un personnage extrêmement malin ni aimable, et certaines de ses actions sont plus que questionnables. Cependant, la douceur de Karim Leklou finit toujours par refaire surface, faisant de Vincent un loser en mal d’amour finalement plutôt attachant. Quant à Vimala Pons, son personnage peut sembler assez improbable – Spoiler(cliquez pour révéler)après tout, qui resterait aussi sereinement avec un homme dangereux, qui n’hésite pas à enchaîner et assommer la femme qui lui plaît ? Elle réussit néanmoins à l’incarner avec beaucoup de justesse et à le rendre vraisemblable.

Vincent doit mourir met en scène une histoire d’amour au cœur d’un déchaînement de violence physique, confrontant ainsi deux manières pour les humains de vivre leur corporalité. La violence nous est imposée, et s’il n’y a pas de volonté de l’esthétiser ou de la rendre jubilatoire, elle n’est pas non plus complètement dénoncée. Elle est juste là, dans toute son absurdité, intrinsèque à la nature humaine (on remarque en effet que les animaux ne sont pas touchés par l’épidémie : au contraire, les chiens servent même de protecteurs).

L’amour serait-il plus fort que cette violence primale ? Le film semble tendre vers cette idée, Spoiler(cliquez pour révéler)avec une image de fin qui porte en elle tous les messages de l’histoire : deux personnages qui se raccrochent désespérément l’un à l’autre, fuyant la violence du monde. Vincent, en guérissant de sa maladie, est passé malgré lui de victime à bourreau – mais contrairement au début du film où l’isolement semblait être la seule solution possible, il assume sa responsabilité et la violence qu’il porte en lui en se bandant les yeux, ce qui lui permet de rester avec sa compagne. Il restreint donc l’un de ses sens pour réduire son potentiel de danger, un comportement qui nous pousse à la remise en question : on se présente souvent comme victime d’une situation, mais il est bien plus dur d’assumer le rôle du bourreau, qu’on est pourtant tous amenés à incarner un jour ou l’autre. Ces yeux bandés expriment par ailleurs la confiance aveugle que Vincent accorde à Margaux – une condition nécessaire à l’amour ?

Le scénario a parfois quelques petites faiblesses : personnellement, j’ai été dérangée par le flou autour des règles de la maladie, qui paraissent un peu inventées au fur et à mesure pour faciliter l’histoire. Mais ça se pardonne aisément tant le film est généreux et ose aller au bout de son concept.

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Commentaire ajouté par Lyran 2023-10-18T17:04:57+02:00
Bronze

Ce film est déroutant. Le ton est décalé, le scénario surréaliste, et si on essaye de le prendre au premier degré, on n’y saisit pas grand-chose. Évidemment, le fait que les protagonistes soient dans un état de conscience altéré suite à la prise de drogues interroge sur la véracité de ce qui se déroule, mais comme toutes les bizarreries sont acceptées comme normales par les personnages (une tête décapitée qui parle, des personnes aléatoires qui reconnaissent toutes Amy) ou bien s’intègrent naturellement à l’arrière-plan (la récurrence du nombre 666, les posters aux slogans étranges), on finit par arrêter de questionner cette réalité. On se laisse porter par l’ambiance psychédélique de ce road trip cauchemardesque, et même si on ne comprend pas tout, on ne s’ennuie pas. Ceci grâce à deux choses : des dialogues rythmés et inventifs dans leur vulgarité, et le caractère outrancier des scènes, qui poussent toujours plus loin la violence et la sensualité.

Visuellement, j’ai adoré le travail de l’esthétique kitsch et crasseuse. Les lumières sont colorées de manière radicale, avec des scènes entièrement éclairées en rouge ou en bleu. Les décors sont fantaisistes, comme cette chambre de motel intégralement recouvertes de motifs de damiers. Et il y a des trouvailles ingénieuses dans les costumes et accessoires, qui reflètent le caractère des personnages : une succession de lunettes de soleil pour Amy, qui refuse de se dévoiler, un yoyo lumineux pour le naïf Jordan, une ceinture avec une boucle ornée d’une image stéréoscopique pour Xavier le séducteur…

J’ai eu un peu de mal au départ avec le jeu des personnages, qui pris séparément, sont assez clichés. Ce sont leurs interactions les uns avec les autres qui les rendent intéressants et plus nuancés : notamment Amy, mordante et agressive, qui s’adoucit dès qu’elle est seule avec Jordan. Dans la dynamique du trio, c’est surtout Xavier qui initie l’action, en commettant le premier meurtre et en jouant le rôle du tentateur aussi bien pour Jordan que pour Amy.

Le ton du film est ironique et s’inscrit dans une démarche un peu canaille. En effet, placé au début, un panneau nous affirme qu’il s’agira d’un "heterosexual movie" – ce qui détonne par rapport à la filmographie d’Araki. On comprend cependant assez vite le sarcasme qui se cache derrière cette annonce : bien qu’on suive au départ un couple hétéro, et que chaque rapport sexuel implique Amy et l’un des garçons, c’est pourtant bien la relation entre Xavier et Jordan qui sous-tend la dramaturgie du film. Spoiler(cliquez pour révéler)Chacune de leurs scènes joue avec un sous-texte homoérotique palpable, allant toujours un peu plus loin dans la suggestion et jouant avec les attentes du spectateur… jusqu’à ce que cette relation soit interrompue avec une extrême violence au moment où elle allait être consumée. La scène finale est perturbante : viol, mutilation et néo-nazis au son de l’hymne américain, elle ne fait pas de concession dans son atrocité. Filmée avec un effet de lumière stroboscopique, elle augmente la tension via cette frénésie visuelle, qui ne cache même pas vraiment les actes de violence commis au cours du massacre.

Au final, quelle est cette génération condamnée que nous annonce le titre ? Nos trois protagonistes, clichés d’une jeunesse en perdition, se font écraser par une société qui juge et incrimine. Amy est constamment harcelée par des personnes qui la reconnaissent comme leur amour perdu et cherchent à se l’approprier ; sa simple existence la met en danger (une exagération pertinente de l’expérience féminine). Quant aux garçons, le moindre faux pas en dehors des codes de la masculinité est sévèrement puni. La découverte de la sexualité apparaît comme quelque chose de transgressif, voir même diabolique (Amy compare Xavier à un démon), et l’omniprésence des références religieuses constitue un énième poids moralisateur. Bien sûr, l’homosexualité incarne la faute ultime, Spoiler(cliquez pour révéler)et c’est elle qui est le plus sévèrement punie avec l’émasculation puis le meurtre de Jordan.

Araki nous dépeint ainsi la société américaine sous ses pires aspects : anti-libertaire, ultraviolente, homophobe et flirtant avec le fascisme.

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Commentaire ajouté par Lyran 2023-10-08T18:20:38+02:00
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Un homme, une femme, une boîte de nuit et un événement mystérieux qui bouleversera leur vie. Voilà les ingrédients de La bête dans la jungle, un conte en huis-clos qui s’étend sur vingt-cinq ans.

Ma proposition : qu’on arrête de demander à ses acteurs de jouer comme s’ils n’avaient pas d’émotions. Le personnage de John, raide et monocorde, est tout simplement insupportable – on se demande ce que May peut bien lui trouver ! De manière générale, les dialogues très écrits sonnent souvent faux. Je comprends la volonté d’avoir un jeu antinaturaliste pour raconter cette histoire ; c’est un choix qui se défend, mais qui m’a personnellement empêchée de me connecter aux personnages. J’ai eu l’impression de rester à l’extérieur du film, de voir une image de l’histoire plutôt que l’histoire en elle-même... Et en même temps, est-ce que ça ne fait pas sens avec la thématique du film : des personnages qui regardent la vie plutôt que de la vivre ?

Dès le début du film (un flashback d’une sardinade), John est sur le banc de touche. Il regarde les gens danser, sans jamais accepter de se mêler à eux. Il attend. Et ce sera ainsi tout au long du film. John entraîne May dans cette spirale de la passivité, et si on peut sourire en se disant que tiens, comme nous, ces personnages sont des spectateurs… ça en devient vite frustrant. John, et par extension, May, n’évoluent pas. Ils ne sont pas affectés par les événements du monde extérieur – et d’ailleurs, ils ne vieillissent même pas. John se place sciemment hors du monde et s’en remet au destin avec fatalisme. Il refuse toute forme d’engagement, et est au final l’exemple type du personnage à l’origine de ses propres problèmes. Spoiler(cliquez pour révéler)Lorsqu’il réalise qu’il est passé à côté de sa vie, j’ai donc eu beaucoup de mal à compatir.

J’ai tout de même apprécié certains aspects du film. Visuellement, il est assez beau, quoiqu’un peu monotone en ce qui concerne la danse. J’ai aimé les jeux de lumière dans la boîte de nuit : les couleurs, la surexposition dans la première partie du film ou encore les spots lumineux très théâtraux. La lumière contribue à donner un côté surnaturel à cette boîte, lieu à la spatialité mal définie qui attrape, perd, emprisonne, transforme…

En comparaison, les autres décors ne sont pas à la hauteur. Je pense notamment aux scènes dans l’appartement de May qui, en plus de briser le huis clos, est un lieu banal qui nous sort de ce conte fantastique avec une certaine maladresse. Car si l’objectif est un retour à la réalité, pourquoi ne pas assumer l’intention jusqu’au bout, plutôt que de rester dans une forme d’esthétisation avec notamment des filtres colorés rajoutés à l’étalonnage ?

C’est cet entre-deux qui, véritablement, m’a empêchée d’adhérer au film. Il est impossible de prendre cette histoire au premier degré : c’est un conte, une fable, avec une narratrice omnisciente et une morale finale. John, May et la narratrice ne sont pas réalistes, ce sont des archétypes. Et pourtant, j’ai eu l’impression que le film se prenait très au sérieux, en essayant de rendre ces personnages bruts et touchants, et d’instiller un souffle dramatique à cette attente absurde. Spoiler(cliquez pour révéler)En revanche, j’ai adoré le passage où Béatrice Dalle s’adressait à la caméra, qui a fait rire plusieurs personnes dans la salle, parce que c’était too much, et que le film assumait alors (involontairement, je pense) son côté kitsch et sa dramatisation à outrance.

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Commentaire ajouté par Lyran 2023-10-03T15:26:01+02:00
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Ce film est un road trip, qui peint la vie comme une succession d’histoires, de changements, de mouvements : la vie est un flux, qui s’inscrit dans le temps. À l’image, il y a bien sûr l’omniprésence des moyens de transports. S’ils sont parfois à l’arrêt, la plupart du temps, leur mouvement est appuyé au montage par des effets de transitions, où un plan s’efface pour dévoiler le suivant au rythme du véhicule qui roule.

Bruno et Robert vont ainsi d’une aventure à l’autre, d’une manière qui peut sembler décousue… Cependant, leur relation fait le lien entre les différentes scènes. On la voit éclore de manière organique, avec une économie de parole caractéristique à l’ensemble du film. Entre eux, l’intimité se crée sans qu’ils n’aient besoin de connaître les détails de leurs vies mutuelles, mais par le simple fait qu’ils voyagent ensemble.

Cette intimité se crée également avec le spectateur, témoin de certains détails impudiques de leurs vies, qui découlent simplement d’une relation au corps très terre à terre : on voit les personnages dénudés, se laver, faire leurs besoins, se gratter… tout cela de manière très naturelle, qui étrangement ne met pas mal à l’aise tant c’est amené comme une évidence.

À travers ce voyage, les personnages se cherchent, et cherchent à comprendre comment vivre leur vie. Leur liberté va de pair avec une certaine solitude : Spoiler(cliquez pour révéler)lorsque Robert confronte Bruno sur son absence de relation amoureuse lors de leur échange final, celui-ci admet qu’il se sent seul, même avec une femme.

Ce manque relationnel présent chez les deux protagonistes explique sans doute pourquoi ils acceptent aussi facilement de faire route ensemble, malgré leurs divergences de caractère. Toutefois, la solitude ne leur est pas exclusive : tous les autres personnages qu’ils rencontrent, dans ces paysages dépeuplés, sont seuls. L'exception, ce sont les enfants, qui eux, évoluent souvent par groupe et apparaissent régulièrement tout au long du film.

Contrairement aux adultes qui se compliquent la vie, les enfants ne se posent pas de questions ; la plupart du temps, on les voit jouer. Ils s’amusent de peu : des bateaux en papier, des adultes qui font les clowns… Quelque part, en étant ensemble et en explorant leur passé, Bruno et Robert retombent en enfance : ils chantent, rient, font des bêtises et se lient d’amitié avec une facilité juvénile. Mais ils sont cependant des adultes, avec des sentiments complexes et des blocages qui finissent par ressurgir.

Spoiler(cliquez pour révéler)Je me suis tout de même interrogée sur le rapport de Robert à ces enfants. De sa première scène, où on le voit faire signe à une fillette de monter dans sa voiture, à sa présentation en tant que « genre de pédiatre », il fait un peu pédophile sur les bords. Mais ce n’est jamais creusé plus que ça, ce qui m’a un peu déroutée. Ceci dit, cela va dans le sens du film qui essaye de poser une ambiance et de nous présenter des personnages au travers d’un moment fugace de leur vie, en laissant des zones d’ombres qui n’empêchent pas une certaine familiarité de se créer.

Dans ce film, on sent l’amour de Wenders pour le cinéma, matérialisé par le soin que Bruno porte à son métier et sa fascination face au matériel technique qu’il entretient. Aujourd’hui, ces images sont une mémoire de ces vieux métiers et appareils aujourd’hui désuets. Et l’une des scènes les plus touchantes du film montre le duo s’improviser acteurs burlesques en ombres chinoises, un bel hommage au cinéma muet des années 20.

Si j’ai globalement apprécié ce film, j’avoue avoir eu du mal à entrer dedans. "Au fil du temps" prend son temps – peut-être un peu trop –, et nous fait errer aux côtés de ses personnages. Une errance qui ennuie parfois… Et comme cela m’arrive lors des longs voyages en voiture avec une musique un peu planante, je me suis endormie à un moment, pendant une quinzaine de minutes. Ceci étant, en me réveillant, j’ai raccroché les wagons très facilement !

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